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1910

NAPLES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tout au bout de la mer saphirine qui danse, Avec son aspect neuf et vieil, Naples à nos regards montre son élégance Et sa misère en plein soleil.

Nous irons saluer la Madone barbare Qui niche dans la puanteur Et les loques du coin de rue, et la ferveur Des cierges que le vent effare.

ici, tant de candeur idolâtre à genoux, De prostitution, de crasse, Puis ce verbe toujours si câlinement doux Dans les dents de la populace ;

Là, sous les pins, le rose et'le vert des villas, Les luxueuses promenades, Les balcons attentifs au vol des sérénades Pleines de soupirs et d'hélas.

Richesse et pauvreté dans la même patrie… Oh ! la perversité des soirs ! Oh ! ces abbés musqués au yeux d'effronterie Si bien drapés dans leurs plis noirs !

Naples, Naples marine où tant d'azur flamboie, Guitare au perpétuel chant, Naples, molle blancheur sur l'horizon méchant, Ville, ou plutôt fille de joie,

Entends-tu quelquefois la leçon du passé ? Sens-tu la mort, cité charnelle ? Comprends-tu, comprends-tu la menace éternelle De ton bleu Vésuve dressé ?

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