O Musique, calcul, lent jeu de patience
Où le génie est en prison,
Lorsque nous t'écoutons, que tant d'âpre science
Nous fasse perdre la raison !
Faut-il que chaque accord, que le plus simple arpège
Représente un si dur labeur ?
Faut-il que soit capté dans ce complexe piège
Le dieu qui prendra notre cœur ?
Vous, les compositeurs, qui, dans de longues veilles
Avez, peinant, souffrant pour nous,
Préparé ce bonheur divin de nos oreilles,
Je vous remercie à genoux.
Vous nous avez donné plus que la poésie,
Car la musique qui guérit,
Dans ses débordements verse la frénésie
A la chair autant qu'à l'esprit.
Rien ! Plus d'amour trahi, de haine ni de luttes.
L'univers est à notre goût.
Et nous croyons, trompés pendant quelques minutes,
A la perfection de tout,
Musique qui détends les faces ravagées,
Toi qu'on sent et qu'on ne peut voir,
O bénédiction, unique reposoir
De nos âmes découragées…