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1918

MONTÉE DE MER

Lucie DELARUE-MARDRUS

Une ville s'allume au bord de la mer pâle, Sur la côte d'en face encore bleue à voir, Long collier de lueurs, parure principale De la terre et des eaux et du ciel et du soir.

Je saurai te forcer, ma jument effarée, A descendre à travers la vase et les galets, Entre les rochers noirs de la basse marée Où le couchant qui meurt concentre ses reflets.

Nous piétinerons là jusqu'à ce que remonte La mer qui déjà gronde, en mal de revenir. L'ombre salée, au loin, t'écoutera hennir, Inquiète, vers les mystères qu'on raconte.

Et, pour atteindre enfin tes impatients pieds, Quand les vagues, couleur de coquilles murrhines, Toutes blanches d'écume et les crins déployés Presseront leur galop de cavales marines,

Alors, joignant ta course à la fougue des soirs, Tu bondiras sous moi, ruée et cravachée, Et la mer, formidable et pâle chevauchée, Mêlera ses crins blancs au vol de tes crins noirs.

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