Je vais en bas couleur de jambes, fins souliers,
Robe droite à la taille excessivement basse
Et si courte qu'on voit mes mollets déliés.
Mes cheveux sont coupés sous mon chapeau cocasse.
Je suis la mode assez pour ne détonner point :
Fourreaux de satin noir, foulards de teintes crues,
Manteaux rudes de poils rayés ; de près, de loin,
Mon passage élégant n'étonne pas les rues.
Le seul étonnement est en moi- Car je vois
Cette époque où je vis d'avance décédée.
Tout change. En souriant ils diront : « Autrefois ! »
Ma toilette, à mes yeux, est déjà démodée.
On représentera sur des scènes cela,
Et vous soupirerez, jeunes femmes câlines,
Et songerez : « O charme exquis de ce temps-là ! »
— Comme quand nous voyons danser des crinolines.