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1908

MISSIVE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tout au travers des sombres monts du Thababor Où tournoyait l’aigle kabyle, Écoute : j’ai passé sur mon cheval habile A poser ses pieds fins sur les sentiers sans bords.

Vois-tu rôder, sur les sommets, ces brumes blanches Elles s’ouvrent parfois, laissant à découvert. Entre la torsion des branches, Tout le beau mois de mai d’en bas, puissant et vert.

Là, blessés par le drame ancien des orages, Les vieux arbres haussaient l’azur à bout de bras, Et leurs faîtes cardaient la fuite des nuages, Les jours de vent et de ciel bas.

J’ai bu dans le soleil les sources éternelles Qui débordent, suivant leur pente, de partout, Et qui gardent le petit goût Des fougères en Heurs qui détrempent en elles.

Dans la neige d’en haut, quelque gibier caché Se laissait surprendre à la trace. Et, dans les morceaux chauds du pays, les rochers Avaient des singes gais qui faisaient la grimace.

Et, comprends-tu ?… Serrée au pied d’un chêne fort Et mouillé, j’oubliais la grande horreur du sable, Dans la bonne forêt qui porte, invariable. Sa mousse du côté du Nord.

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