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1902

MIROIR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Je me regarde en toi comme jadis au fond Des eaux douces des prés, ombreuses et dormantes, Où naissait sans trembler mon mirage profond, Comme une nymphe qui se baigne entre les plantes.

Car tu es douce ainsi qu'un reflet dans de l'eau, Et tes yeux bleus sont mes yeux noirs devenus vagues Et tes lointains cheveux de rêve et de halo Sont mes roux cheveux bruns réfléchis, et tes bagues

Sont le renvoi de mes chatons rouges et bleus… Je te prendrai contre mon âme, si tu veux, Puisque notre beauté diverse coïncide ; Puisqu'en toi j'ai trouvé, corporelle et lucide,

La nymphe qui troublait les eaux de mon passé, Et puisque, sous l'argent défait des boucles blondes, Ton corps entre mes bras péremptoires pressé, Est demeuré subtil et fuyant comme l'onde…

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