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1908

MEILLEUR PLAISIR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Malgré ce qu’elle crie aux heures de la chair, L’amour, cette profonde inguérissable plaie. N’est pas son plaisir le plus cher. Elle dira pour être vraie :

— Ce n’est cela, ni le voyage ardent au loin ; Ce n’est pas de courir devers la renommée ; Ce n’est pas d’être belle à point ; Ce n’est pas d’être trop aimée.

Mon vrai plaisir est calme et doux comme un hamac C’est de m’asseoir devant le couchant ; c’est encore Quelque page de Ji.ès. Bach Qui vibre à mon toucher sonore ;

C’est, des heures, poser un silencieux front Contre ma vitre de Paris, verdâtre et pâle. Pour voir les martinets, en rond. Envelopper ma cathédrale ;

Ce sont les soirs secrets, les soirs où j’aime autrui. Où je pleure en dedans sur les malheurs du monde. Les soirs où la tendresse abonde Dans mon cœur sans rêve et sans bruit ;

C’est de me savoir seule, en un coin, accoudée. Alors que, dans la paume étroite où je la mets. Ma tête enfante quelque idée Que nul ne connaîtra jamais ;

C’est, en somme, de me sentir humble et si chaste Et si bonne, vraiment, que mon esprit en feu S’élève alors vers le ciel vaste Comme si je croyais en Dieu.

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