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1908

MÉDITATION SUR UN VISAGE

Lucie DELARUE-MARDRUS

J’ai douloureusement médité devant vous Et j’ai pleuré sur vous, vieille dame étrangère Qui ne pouviez savoir ma jeunesse légère Occupée à fixer vos traits pâles et mous.

Je m’étonnais si fort que vous fussiez rieuse, Moi qui d’abord pensais que vous n’aviez plus rien Ayant à tout jamais perdu l’unique bien D’être tentante, d’être étrange et vaporeuse.

La vie est-elle donc moins dure qu’on ne croit, Puisqu’elle soigne encor comme une bonne mère. Qu’elle sait égayer cette vieillesse amère Où tout semblait devoir n’être que morne et froid ?

Et pourtant avec quelle épouvante cachée Je regardais, songeant à la blancheur de lis De nos âges, la peau ravagée et tachée De ce masque qui fut jeune femme, jadis !

— Moi qui veux vivre jusqu’au bout, est-il possible D’imaginer qu’ainsi je pourrai rire un jour Lorsque je n’aurai plus ce trésor indicible : L’audace, la beauté, l’entrain, l’orgueil, l’amour ?…

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