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1905

MATHÉMATIQUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

…Je vois déjà dans les carreaux le jour qui sombre. Voici que je suis seule et seule avec mon cœur ; Et si pur, ivre et grave est mon cœur, que, dans l'ombre, Je sens surgir en moi l'archange intérieur.

Il vient. Nous laissons tout : Musique, art, rêve, éthique. Dans le bruit orageux des ailes, nous allons. Devant nous monte, offrant ses premiers échelons, L'échelle de Jacob de la mathématique.

Le chiffre nous a pris dans son éternité. Nous avons commencé de dénombrer le sable Des déserts. Pèlerins du cercle inconcevable, Nous marchons dans l'horreur d'avoir fui l'Unité.

Notre course du fond d'Elle s'est élancée Comme un oiseau de l'œuf ouvert au creux du nid. Chiffre infini comme le rien est infini, Seul le zéro clorait la course commencée.

Mais nous fuyons le Rien, nous qui voulons le Tout. Vertigineux, vers Lui, départie en partie, Nous montons, sans vouloir envisager au bout Le néant primitif d'où la vie est sortie…

Archange, ah ! laisse-moi sur la terre. J'ai peur ! A quoi bon m'être mise en route pour le nombre ? Je n'atteindrai jamais le but. Je suis une ombre : Le nombre est éternel, et je viens d'où l'on meurt.

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