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1905

MATERNITÉ

Lucie DELARUE-MARDRUS

Ce soir, dans la corbeille où cette poule trône, Sournoisement la vie a fait craquer chaque œuf, Et voici piailler ensemble huit à neuf Petits poussins nouveaux tout en peluche jaune.

Le recoin est obscur : Regardons ! Regardons ! Comme dans leur maison tous pénètrent sous elle Où brûle la douceur molle des édredons, Et débordent de sa poitrine et de son aile.

Patiente, elle glousse et demeure. Elle craint De les blesser. Eux, ronds encor comme des boules, Vaquant, grattant, ayant déjà l'âme des poules, Courent piquer son œil qu'ils prennent pour un grain.

L'un s'aventure un peu, l'autre suit une mouche ; Puis ils reviennent tous se nicher, et, frileux, Pendant que doucement la mère se recouche, Se souviennent encor d'avoir été des œufs.

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