Ces pêcheurs, mes pays, à cause de l'averse,
Ont vêtu leurs cirés et coiffé leurs suroits.
Ils sont partis au vent qui sans douceur les berce,
Sous la pluie en biais qui leur rougit les doigts.
Maintenant, tout an loin, leur barque bondit, entre
L'eau saure de la mer et l'eau douce du ciel,
lis n'ont plus pour abri que la cale, cet antre,
Où danse lourdement tout le matériel
On serait mieux au coin du feu, mais il faut vivre
Et faire vivre ceux qui vous pendent au cou ;
Et, pour se maintenir ainsi, toujours debout,
Dans le cœur on n'a rien qui, tout bas, vous enivre.
Rien dans le cœur… On sait qu'on rentrera transis
Parmi les tristes siens, la marmaille et la mère,
Qu'après tant de tangage, on est sûr d'être assis,
Pauvres bougres trempés, le cul dans la misère.
Aussi, sachant cela, sentant lourd sur le dos
Le fardeau de demain, d'aujourd'hui, de la veille,
On prend la gourde noire où luit le calvados,
Et l'on boit à grands coups' cet espoir en bouteille.