Alleluia ! C'est le printemps !
Les prés sont pleins de belles choses.
Voici les pommiers éclatants
Sous leurs toutes petites roses.
Dessous, les pâquerettes font
De douces processions blanches.
On croit qu'elles tombent des branches
Où pèsent tant de bouquets ronds.
Les chants du merle opiniâtre
Qui s'égosille là-dedans,
Tour à tour graves et stridents,
Sont plus frais qu'un pipeau de pâtre,
Et le bétail de deux couleurs
A des taches claires et sombres,
De-ci, de-là, dans l'herbe en fleurs,
Qui copient la forme des ombres.
Un lent nuage immaculé
Se promène dans du bleu pâle ;
Et le vert de partout s'étale
En large, en long, tout emmêlé.
Un rien de brume printanière
Baigne mon pays dans du lait.
Mai, joli mai, grâce plénière
Où tout me tente, où tout me plaît,
O printemps, branches rosacées,
Adolescence des saisons,
Qui viens remplir mes horizons
Où tant de choses sont passées,
Devant toi, printemps que je vois
Si frais autour de mon visage,
Il me semble que j'ai ton âge
Comme autrefois ‒ comme autrefois…