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1918

MA MAISON

Lucie DELARUE-MARDRUS

Toi que j'aime, je t'aime encor mieux, ma maison, Dans le silence et l'or de l'arrière-saison. Pleine de style, ô toi, témoin du Dix-huitième, Ton esprit d'autrefois reste notre esprit même.

Nous comprenons très bien quand l'horloge de bois à chaque heure du jour donne encor de la voix. Nous comprenons très bien quand le lent crépuscule Envahit l'horizon de sa rouge macule.

Nous comprenons très bien quand un cor, dans le soir, Sonne les siècles morts de tout son désespoir. Nous comprenons très bien quand, sur les nuits trop claires, Se détachent en noir nos tilleuls séculaires.

Oui, si quelqu'un frappait à nos petits carreaux, Il faudrait que ce fut un ancien héros. Je l'imagine à l'heure intime des bougies, Alors que dans nos cœurs naissent des élégies.

Ce serait un jeune homme abstrait, couleur d'éther, Et j'ouvrirais sans peur, disant : « Entrez, Werther ! »

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