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1930

MA MAISON

Lucie DELARUE-MARDRUS

Soixante-dix tilleuls avec leur épaisse ombre Font une petite forêt. Ma maison, au milieu de cette masse sombre, Est cachée ainsi qu'un secret.

Des bêtes qu'on ignore, au fond de la broussaille, Vivent tout autour de mes murs, Et je sens circuler leurs petits esprits purs Dans le beau temps ou la grisaille.

Les oiseaux, comme autour de quelque lieu béni, Jamais n'y ont peur de personne. Dans le talus, tout près, trouvant la place bonne, Des rouges-gorges font leur nid.

Chaque jour, sans recul et sans horreur physique, On rencontre un même crapaud, Un crapaud aux yeux d'or dans une affreuse peau, Qu'attire, on croirait, ma musique.

Des lapins de garenne et des lièvres, parfois, Montrent à deux pas leurs oreilles. Des écureuils légers, ces petites merveilles, Sont tranquilles comme en plein bois.

Une taupe établit son trou, comme un chef-d'œuvre, Sous une chaise de jardin, La salamandre luit sur le premier gradin, Ou bien la glissante couleuvre.

Je sais des hérissons, des belettes, des loirs Et des grenouilles un peu fées. Et les oiseaux de nuit, dès que tombent les soirs Passent en rondes étouffées.

Les chouettes, souvent, se répandent en cris Au bord même du toit, peut-être. Et, frappant à la vitre, une chauve-souris Chaque nuit danse à la fenêtre.

Aux plus proches fourrés, un frôlement furtif Révèle les gentilles scènes Dont m'entoure, bien loin des présences humaines, Ce petit monde inoffensif.

Menus pas, menus cris, fourrures, museaux, ailes Vivent dans l'ombre de mon toit. Ces bêtes ne sont pas, en vérité, chez moi : C'est plutôt moi qui suis chez elles.

Et quand l'automne, avec son grand cortège blond, Miraculeuse, est revenue, Les feuilles, en tombant, entrent dans le salon, Se croyant dans leur avenue.

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