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1930

LUEURS

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'épouvante et l'étonnement De sentir cette forme humaine Qui me limite et qui me mène, Font parfois mon regard dément.

Aussitôt que je serai seule Commencera le cauchemar : Vouloir soulever cette meule Pour fuir, m'en aller autre part.

Je sens aux parois de mes tempes Des milliards d'astres tourner. Dans mon esprit emprisonné Filtre un frôlement de ces lampes.

Da chambre est pleine d'univers. De système solaire accable Mon humanité misérable Qui hurle à la mort au travers.

Certains soirs je vais tout comprendre, Je vais enfin devenir Dieu ! Tison qui couve sous la cendre, Mon esprit va créer le feu.

Est-ce mourir que je souhaite ? Je n'en peux plus, je n'en peux plus De ne hanter qu'une planète Dont tous les chapitres sont lus.

Venez me sauver, art, musique, Travail, étude, passe-temps, Que j'oublie, ô soirs sanglotants, La pauvre horreur d'être physique !

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