O Dame souveraine, O Vierge entre les vierges, Pudique aux bras croisés chastement sur les seins, Triomphante aux cheveux glorieusement ceints vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !
Puisque tant, les doigts joints et les genoux ployants, Viennent pleurer leur mal aux plis de votre robe, Moi je ne serai pas qui raille et se dérobe, Je lèverai vers vous mes regards incroyants,
Afin de vous prier, ô refuge des âmes, O source ! aube ! vesprée et mystère des nuits, ‒ Pour que Dieu veille mieux le sexe dont je suis D'avoir des oraisons spéciales aux femmes.
O dame ! Regardez tout ce monde si cher, Cette féminité dont vous fîtes partie Et voyez son enfance honteuse et pervertie Déjà frôlée aux sens et pêchant en sa chair ;
O Dame ! regardez la prime adolescence, Les vierges aux pensers troubles, aux cils menteurs, Chastement abaissés sur de fausses pudeurs, Et qui savent déjà la presque jouissance ;
O dame ! regardez celles qui tournent mal, Les épouses en qui la chair ne peut se taire, Qui trahissent sans honte et pour qui l'adultère Finit par n'être plus qu'un passe-temps normal ;
O Dame ! regardez ces reines captieuses Qui dans leurs manteaux d'or emportent les raisons, Les courtisanes dont absorbent les poisons Tous ceux qu'ont pris aux nerfs leurs lèvres vicieuses ;
O Dame ! Regardez au fond des lupanars Ces rebuts de pavé dites filles de joie, Marchandant au passant que le hasard envoie Leur peau triste et fanée où luisent tous les fards ;
O Dame ! regardez enfin ces raffinées, Celles qui vont fuyant les baisers masculins, Pour entre elles unir par des gestes câlins, Leurs féminines chairs de l'homme détournées…
Regardez ! et qu'un peu de votre chasteté Tombe de votre front étoilé de couronnes Sur ce monde d'enfants, de femmes, de matrones Qui vivent dans le mal et dans l'impureté !
O Dame souveraine, ô Vierge entre les vierges, Pudique aux bras croisés chastement sur les seins, Triomphante aux cheveux glorieusement ceints Vers qui montent l'encens et le frisson des cierges !
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