Automne aux jours trop courts, aux nuits trop tôt venues
Au bout des longues avenues,
Automne, sept couleurs au fond du brouillard bleu,
Descente des langues de feu,
Automne brune et jaune avec des taches rouges
Parmi le vent tiède où tu bouges,
Automne aux feuilles d'or plus belles que des fleurs,
Mère des fruits et des couleurs,
Automne du mirage et des métamorphoses,
Sourire des dernières roses,
Automne, conte bleu, spectacle sans pareil,
Ardeur dernière du soleil,
Automne claire et sombre, ivre et désenchantée,
Splendeur amèrement hantée,
Automne dont la chute ouvre des horizons,
Neige en flamme autour des maisons,
Automne au désespoir, automne aux beaux désastres,
Dont les branches pleurent des astres,
Automne à l'abandon, automne d'ombre et d'or
Où craque le pas de la Mort,
Automne des rêveurs, automne des poètes,
Jette tes feuilles sur leurs têtes.
Automne rose et rousse aux reflets violets,
Dans ta pourpre ensevelis-les.
Leurs cœurs se sont perdus au fond de tes grisailles,
Fais-leur de belles funérailles.
Leurs cœurs se sont perdus dans ton néant doré,
Chante-leur ton dies iræ.
Leurs cœurs se sont perdus dans tes douceurs cruelles,
Automne, croise-leur les ailes,
Et que dorment en paix leurs pauvres cœurs lassés
Sous les feuilles de tes fossés.