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1905

LES ROSES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Nous savons que la vie encombre le lointain De sa dangereuse marée. Et pourtant, à travers la fenêtre carrée, Vois le beau temps de ce matin !

Le jardin mûr frémit, plein de choses écloses, Mais les rosiers, mais les rosiers !… Ce jour sera comme un brasier Où vivra la fraîcheur émouvante des roses.

Quand nous nous pencherons pour respirer leur cœur, Elles nous mouilleront la bouche ; Elles pleurent quand on les touche, Car un peu d'eau nocturne est dans leur profondeur.

Elles ont le contour lisse des belles joues ; Elles ont du soufre et de For. Les rouges ont troué tout le vert du décor De leurs impérieuses roues.

Les froides blanches vont mourir de pureté En leur douceur de lingerie, Mais la passionnée et pâle rose-thé Embaume encore défleurie,

Et si la chaleur rend vineux Le sang moins délicat des larges roses roses, L'une d'elles va choir sans causes, Lourde, au bout d'une tige où s'en balançaient deux…

— Toutes, nous vous prendrons en boutons ou vieillies, Et nous presserons sur nos cœurs, Inégales de taille, humides et cueillies, Vos verdures et vos couleurs,

Roses, chair végétale ineffablement creuse Pleine de sucre et de parfum, Par qui, si vous comblez nos paumes amoureuses, Nous oublions la vie et son sens importun !

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