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1901

LES POULES

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'arpente bien souvent l'honnête basse-cour Pour en rire à part moi. Comme des gens de Cour, Les poules, au soleil, s'en vont en caravane. Parmi les boutons d'or chacune se pavane,

Jacasse, met son mot au bruyant hourvari, Et, soulevant le chef d'un geste renchéri, Guette d'un œil tout rond, prête à prendre l'alarme, Le gros coq qui s'avance à grands pas de gendarme.

Lui, secouant au vent ses plumes camaïeu, En maître de sérail se plante au beau milieu, Courtise tour à tour chaque dame touffue Et, frappant le sol dur de sa patte griffue,

Lance le fier appel de son cokeriko. A son côté, lissant sa robe rococo, La favorite cherche une graine oubliée ; Baissant piteusement sa tête humiliée,

Un poulet, qu'un essai trouva trop jeune encor, Admire le pacha qu'il fixe d'un œil d'or Et cherche quel moyen la nature vous prête Pour se faire pousser très vivement la crête.

Une mère, affairée à ce rôle tout neuf, Suit ses poussins encor ronds du moule de l'œuf, Tandis qu'avec cent tours, cent courses insensées, Cou tordu, bec ouvert, deux poules hérissées

Cherchent à se reprendre une croûte de pain Qu'une d'elles vola dans la niche au lapin. Et le soleil, luisant sur tout ce petit monde, Gambade par les prés, s'étale comme une onde,

Et, tout en entraînant après soi l'univers, Garde de chauds rayons aux moindres recoins verts.

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