Les girouettes ont des voix comme les heures ;
Et, sur les toits chenus, fantasques et mineures,
Leur bouche grande ouverte et qui mangent du vent
Chantonne un refrain décevant.
Elle dit Mars nerveux, les étés monotones,
Les bises de l'hiver, la houles des automnes,
Et, dans son timbre, grince en trois tons le passé
Ainsi qu'un violon faussé.
Elle pleure on ne sait quelle âpre nostalgie :
L'amertume par tous les temps d'être en vigie,
Signalant la saison et l'arrière-saison
A ceux qu'abrite la maison ;
L'horreur de n'être rien qu'une vieille ferraille
Que méprisent les chats, dont le corbeau se raille
Et qui, tout en tournant, jalouse le moulin
Et son envergure de lin ;
La fatigue, depuis tant de longues années,
De tenir compagnie au rang des cheminées,
Sans même dans les airs être seule à jucher
Comme le coq d'or du clocher ;
L'ennui de figurer un emblème baroque,
D'imiter les façons folle d'une breloque,
D'être prise à témoin par les points cardinaux,
De servir de nid aux moineaux ;
Surtout la honte, après les grandeurs ancestrales,
D'exhaler à tous vents ses tristesses orales
Non plus sur le castel des chevaliers courtois,
Mais sur les plus vulgaires toits !…
Ainsi la girouette a des chansons moroses
Pour qui sait écouter le langage des choses.
Mais elle n'est, pour ceux qui ne comprennent point,
Q'un bruit vague et quelconque au loin.