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1918

LES FUNÉRAILLES DU SOLDAT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Tu n'étais qu'un petit soldat, un gas honnête Qui courait en chantant au feu. Tu partais pour tuer, tout en rêvant un peu, Et sans doute une fleur ornait ta baïonnette.

Pauvre petit ! Te voici mort aux premiers pas Vers l'épouvantable frontière. Agonisant d'hier, dors ! Tu ne sauras pas Quel honneur te fut fait par une ville entière.

Toi qui vins achever de trépasser chez nous, Nous t'avons mené, tête basse, Au lit où nul des tiens ne pliera les genoux. Humble étranger, jeune homme obscur, ô notre race !

Le drapeau de la France entourait ton cercueil, D'autres frissonnaient sur nos têtes. Et les fleurs que l'on voit dans les deuils et les fêtes Parfumaient ton départ vers le funèbre seuil.

Et les tambours voilés et les clairons de guerre Sonnaient et battaient pour ta mort, Et la fosse béante ouverte dans la terre, Vit des mains et des mains te bénir sur le bord.

Les tiens n'étaient pas là ; mais de toutes leurs larmes, Les femmes ont pleuré sur toi, Car tu représentais les camarades d'armes, Fils, frères et maris, partis si loin du toit.

Tu n'étais qu'un petit soldat. Tes funérailles Ont été celles d'un grand chef. Ainsi réparons-nous le suprême grief De ceux qui, sans tombeau, meurent dans les batailles.

Tu n'étais qu'un petit soldat. Repose en paix. Nous t'aurons entouré de gloire. Repose en paix. Le cri strident de la victoire Va pénétrer bientôt dans ton cercueil épais.

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