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1920

LES FUNÉRAILLES

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cette fête riche de fleurs, Fête noire, maman, dont c'est toi l'héroïne, D'un sanglot refréné nous remplit la poitrine. Pauvre petit troupeau, dites toutes, mes sœurs ?

Ce char qui va, plein de lenteurs, Pourquoi donc traîne-t-il tant de femmes en pleurs ? Beau jardin d'été, cimetière, Voici ta porte ouverte en triomphe pour nous.

Nous avons traversé la ville tout entière. Paris a salué maman dans la lumière, Et le matin était très doux Pour la morte passant dans sa noire litière

Nous faut-il ainsi, pas à pas, Te mener vers la terre où l'on descend si bas ? " De moi la plus petite à notre sœur l'aînée, C'est de tes flancs, maman, que notre troupe est née,

Et nous ne te sauverons pas . A l'heure du tombeau, dernière destinée ? Le voici, mon Dieu, ce caveau ! On l'a rouvert pour elle à côté d'un bel arbre.

Descendre là-dedans tandis qu'il fait si beau ! Quelque chose s'éteint comme un dernier flambeau… Amen ! Que dans l'ombre et le marbre S'accomplisse l'horreur de la mise au tombeau

Du moins, sous la grande blessure, Nous n'aurons pas fui, nous, comme les autres font. Maman ! Maman ! Voici tous tes enfants en rond. Nous nous penchons pour voir le cercueil jaune et long

Qui, par la dernière fissure, Semble encore crier vers nos,visages : — « Non ! » Maçons, maçons, allez moins vite ! Vous ne savez donc pas que vous murez maman,

Que votre plâtre affreux, votre horrible ciment Nous ferment à jamais la porte de son gîte ? … Maman !… Oh ! la pauvre petite !… — Allons-nous en, mes sœurs. C'est fait. Allons-nous en.

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