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1901

LE VENT DANS LES ROSEAUX

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le vent chante à mi-voix des chansons bucoliques Dans les roseaux mélancoliques. Les roseaux au passage ont pris sa grande voix, Un par un et tous à la fois.

Et l'un succède à l'un qui tremblote et déclame Et tient sa place dans la gamme. Goutte de bruit, son pur, son frais, chaque roseau Imite une gorge d'oiseau ;

Mais au loin fait l'envol de leurs notes furtives Un chœur de flûtes primitives. Chantez l'heure qui passe, aube, vesprée et nuit, Bleu frôlement de l'aube au bord du lointain sombre,

La vesprée au ciel pur, taches d'or, taches d'ombre, Et la paix des couchants où la pourpre reluit ; Chantez l'idylle assis ou bien agenouillée Qui sourit, couple heureux du geste qui le tient,

Et les bouquets cueillis et le baiser païen Simple, pudique et clos comme une fleur mouillée ; Chantez la pastorale agreste, les troupeaux Assoupis parmi l'herbe où crissent les cigales,

Les bergers, célébrant de leurs flûtes égales, Deux à deux, trois à trois, la torpeur du repos ; Chantez les vieillards lents assis au seuil des portes, L'enfance et la jeunesse et le rire et les pleurs ;

Chantez les cheveux blonds et noirs où sont les fleurs, Chantez les cheveux blancs coiffés de feuilles mortes. Un par un et tous à la fois, Frôlement sous le vent au loin, mi-bruit, mi-voix,

Roseaux dont fait l'envol de vos notes furtives Un chœur de flûtes primitives…

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