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1905

LE VENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le vent tombé revient comme un raz de marée Tourmenter les villes carrées Et les arbres de leurs jardins. Il déferle sur nous par gigantesques lames,

Il voudrait nous arracher l'âme Gomme les feuilles des jardins. Ah ! livrons notre orgueil et notre véhémence Au flot qui meurt et recommence

De cette mer qu'on ne voit pas, Et que notre pensée, âpre, agile et muette, Domine ainsi qu'une mouette Tant d'énergie et de fracas !

— Le vent ! Le vent ! Voici que le monde s'écroule Ivre d'un souvenir de houle, D'écume, d'embrun et de sel, Je foncerai, les yeux fermés, sur la tempête,

Pour croire que je troue et brise avec ma tête Le tourbillon universel !

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