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1951

Le Souvenir

Lucie DELARUE-MARDRUS

Froid dans la terre, et la neige sur toi, Loin, dans la tombe où l'on a dû te mettre, T'ai-je oublié, mon seul amour à moi, Malgré le temps qui sépare les êtres ?

Quand je suis seule, est-ce que ma douleur Ne s'en va pas à travers la montagne Plier son aile, au nord, dans la campagne Où la bruyère a recouvert ton cœur ?

Froid dans la terre, et quinze hivers de glace, Parmi ces monts, transformés en printemps… Certes, fidèle, et qui garde ta place Après avoir tant changé, souffert tant !

Mon doux amour du passé, va, pardonne Si je t'oublie en ce monde mouvant ! D'autres désirs, d'autres espoirs vivants Ne t'enlèvent point ce que je te donne.

Nulle clarté n'a plus brillé jamais : Plus rien, pour moi, du haut du ciel ne tombe. Tout mon bonheur est fini désormais, Tout mon bonheur avec toi dans la tombe.

Mais, terminés les jours des songes d'or, Le désespoir lui-même, qui nous broie, N'ayant pas su me conduire à ma mort J'ai donc vécu sans un secours de joie.

J'ai refoulé les inutiles pleurs, Sevré mon âme en quête de la tienne, Et ce désir d'habiter, sous les fleurs, Ta tombe qui déjà m'est plus que mienne.

Et depuis lors je n'ose plus céder Au souvenir plein d'un amer délice Car, si je bois à ce divin calice, Comment donc vivre en un monde vidé ?

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