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1901

LE SOMMEIL I

Lucie DELARUE-MARDRUS

Comme une que berça la viole d'amour ; La belle tout en pâleur dort, Les volets joints avec, dessus, les rideaux lourds Pour empêcher sur sa tranquillité de mort

Que ne vienne jouer l'estival clair de lune. Mais des gouttes de lune ont chu une par une Aux fentes de ces volets joints Et luisent sur sa couche aux draps finement oints,

Comme si les colliers de sa parure pâle Avaient dans la ténèbre égrené des opales. Et, sur ses seins quiets où se croisent les paumes, Sur ses pieds sages réunis,

Sur tout le luxe prude et raffiné du lit Où elle se coucha sans bagues et sans baumes, Le corps sans robe d'or et sans huppe à la tête, Contempteur de la vie un lourd crucifix jette,

D'un grand geste mélancolique, La sombre allusion de la mort catholique, tandis qu'ainsi la nuit y verse ses écrins Et fleurit ce sommeil de ses bijoux païens

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