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1905

LE PRINTEMPS

Lucie DELARUE-MARDRUS

Le printemps, à travers tout ce qui nous séquestre, S'annonce déjà, sourd, exact, primordial. Et voici qu'un émoi doucement bestial Emporte nos désirs vers sa fête terrestre.

L'impérieux instinct repousse le fardeau Du songe et du labeur des villes en tumulte ; Vers les bois, vers les champs, vers les prés gorgés d'eau, Il s'élance, affamé d'éclosions incultes.

— Ah ! puisque les saisons s'apprêtent à sortir De ce bourgeon crevé plein de feuilles défaites, Nous prendre par la main en riant et bondir Parmi les arbres gris dont verdissent les faîtes !

Ah vivre !… Quelle voix appelle à l'horizon ?… L'air tiédi, le ciel clair et le soleil qui joue, Tout cet ivre printemps emporte nos raisons, Et toute la jeunesse est montée à nos joues ;

Et nous avons posé nos paumes sur nos yeux, Et nous avons senti qu'en nous Adam et Ève Se dressaient, pour reprendre ensemble l'ancien rêve D'être nus, d'être purs, d'être seuls, d'être heureux.

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