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1908

LE POÈME DU LAIT NORMAND

Lucie DELARUE-MARDRUS

Intarissable lait de velours blanc qui sors Des vaches de chez nous aux mamelles gonflées, Lait issu de nos ciels mouillés, de nos vallées. De nos herbages verts et de nos pommiers tors.

Je pense en te buvant à ces bonnes nourrices, Trésor très précieux entre les bestiaux. Je revois les beaux yeux tranquilles des génisses. Les taches de rousseur sur le blanc de leur dos.

Je crois connaître en toi le goût des paysages Traversés de soleils couchants et de matins, Si bleus sous le duvet de prune des lointains Et parfumés de fleurs, de fruits et de fourrages.

Louange à toi, beau lait généreux qui Jaillis ! En vérité je bois avec toi mon royaume Riche en clochers à jour et riche en toits de chaume, Louange ! car je bois avec toi mon pays,

Mon cher pays, le seul où mon cœur se retrouve Chez lui, sans plus songera revendiquer rien, Mon cher pays, le seul où je me sente bien Comme un petit contre sa mère qui le couve.

Louange à toi, beau lait, ô mon lait maternel ! Donne-moi la vigueur qui menait mes aînées. Puisses-tu me nourrir encor bien des années Avant l’ennui profond du repos éternel.

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