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1920

LE PETIT SPHINX

Lucie DELARUE-MARDRUS

Un petit sphinx, sans qu'on le sache, Doit coucher au pied de ta croix. Il apparaît la nuit, je crois. En plein jour, le soleil le cache

Il s'allonge parmi tes fleurs, Il fait son nid dans tes couronnes. Il sourit aux quelques personnes Qui viennent t'apporter leurs pleurs

Il est là sur la pierre nue, A la fois charmant et fatal, Spectre qui marque ta venue Dans le tombeau familial,

Car tu vécus énigmatique Dans ta glaciale douceur, Ton grand amour intérieur, Ta précision peu pratique,

Toi, muette abnégation, Âme sensitive, régie Par la changeante émotion, Bonté faible et sombre énergie,

Chère vivante qui, souvent, Déconcerta notre pensée, Morte qui nous laisse rêvant, O notre mère nuancée !

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