Un petit sphinx, sans qu'on le sache,
Doit coucher au pied de ta croix.
Il apparaît la nuit, je crois.
En plein jour, le soleil le cache
Il s'allonge parmi tes fleurs,
Il fait son nid dans tes couronnes.
Il sourit aux quelques personnes
Qui viennent t'apporter leurs pleurs
Il est là sur la pierre nue,
A la fois charmant et fatal,
Spectre qui marque ta venue
Dans le tombeau familial,
Car tu vécus énigmatique
Dans ta glaciale douceur,
Ton grand amour intérieur,
Ta précision peu pratique,
Toi, muette abnégation,
Âme sensitive, régie
Par la changeante émotion,
Bonté faible et sombre énergie,
Chère vivante qui, souvent,
Déconcerta notre pensée,
Morte qui nous laisse rêvant,
O notre mère nuancée !