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1932

LE MONSTRE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Barques à voiles de Honfleur Qui dans le port battiez des ailes Quand vous y reveniez, fidèles, Après le large sans couleur,

Vos départs diurnes, nocturnes, Splendidement silencieux De grands archanges taciturnes Enfants des vagues et des cieux,

Les formes que prenaient vos toiles D'après les caprices du vent Sous le soleil, sous les étoiles, Blancheur de l'arrière à l'avant,

Et, quand le temps veut qu'on louvoie, Vos retours titubants un peu, Tout cela, poésie et joie De notre ville au reflet bleu,

Tout cela, rythme des marées, Très vieux conte bleu de la mer, Fini ! Barques adultérées, Recevez mon regret amer.

Les moteurs, ces bêtes nouvelles, Grondent entre vos flancs de bois. O ! le silence d'autrefois ! Pourquoi porter encor vos ailes ?

Vous n'en avez plus nul besoin. Elles ne sont rien qu'un vestige, Vous aussi, prises de vertige, Vous voulez aller vite et loin.

Départs, retours, affreux tapage, Pétrole qui pue et salit, Voiles qui restent dans leur pli quelque soit le sens du nuage,

Le souffle du siècle a passé, Universelle frénésie, Pour tuer toute poésie. Soit ! Requiescat in pace !

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