Skip to content
1901

LE MASQUE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Mon temps, mon temps, pourquoi Ai-je absorbé ton âme immense jusqu'aux moelles Avec toute sa boue et toutes ses étoiles ? Je souffre dans mes sens

Où croît avec le lys de mon plus chaste songe Une fleur de mauvais désir et de mensonge ; En l'âpre cruauté Qui rugit dans mon cœur comme un tigre des jungles

Pendant que ma pitié hait le sang de mes ongles ; En l'égoïsme fou Qui fait indifférents tous les maux hors ma peine Quand ruissellent mes yeux sur la misère humaine ;

En le lâche abandon Qui me fait par la vie indécise et flottante Alors que mon sang bout d'audace militante ; J'ai peur de moi, j'ai peur

Que LES AUTRES ne voient vivre en mon regard trouble Le disparate affreux de ma nature double, Et je veux recouvrir Le drame insoupçonné de cette horreur intime

D'hypocrisie ainsi que d'un masque de mime, Pour qu'ils ignorent tous Si mon cœur vrai sanglote ou rit sous la grimace Factice qui toujours me cachera la face,

Car je redoute autant, Tous deux devant blesser quelque chose en mon âme, Le regard qui m'approuve et celui qui me blâme.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LE MASQUE · Lucie DELARUE-MARDRUS · Poetry Cove