Mon temps, mon temps, pourquoi
Ai-je absorbé ton âme immense jusqu'aux moelles
Avec toute sa boue et toutes ses étoiles ?
Je souffre dans mes sens
Où croît avec le lys de mon plus chaste songe
Une fleur de mauvais désir et de mensonge ;
En l'âpre cruauté
Qui rugit dans mon cœur comme un tigre des jungles
Pendant que ma pitié hait le sang de mes ongles ;
En l'égoïsme fou
Qui fait indifférents tous les maux hors ma peine
Quand ruissellent mes yeux sur la misère humaine ;
En le lâche abandon
Qui me fait par la vie indécise et flottante
Alors que mon sang bout d'audace militante ;
J'ai peur de moi, j'ai peur
Que LES AUTRES ne voient vivre en mon regard trouble
Le disparate affreux de ma nature double,
Et je veux recouvrir
Le drame insoupçonné de cette horreur intime
D'hypocrisie ainsi que d'un masque de mime,
Pour qu'ils ignorent tous
Si mon cœur vrai sanglote ou rit sous la grimace
Factice qui toujours me cachera la face,
Car je redoute autant,
Tous deux devant blesser quelque chose en mon âme,
Le regard qui m'approuve et celui qui me blâme.