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1910

LE LOISIR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si tu veux, descendons de notre solitude, Descendons aujourd'hui vers notre ferme, en bas. Tout y est fructueux, tranquille, simple, gras, On peut s'y reposer du rêve et de l'étude.

Nous irons regarder dans le pré nos deux bœufs. Leur mufle mouillé semble humecté de rosée, Une entrave leur fait la marche malaisée ; Voici leur beau pelage et voici leurs beaux yeux.

Nous irons regarder l'amusante volaille, Son coq blanc redressé sur ses ergots raidis, L a grosse poule avec ses poussins arrondis, Devant l'étable brune où brille un-brin de paille.

Le fumier chauffe ici dans un coup de soleil, Sous le pommier déjà pesant du poids des pommes, Et, clans la ferme, sont des femmes et des hommes Sans passions, unis dans un labeur pareil.

Regarde aussi, gorgé de lumières et d'ombres, Le potager qui nous nourrit, et ce prunier Dont les prunes, bientôt mûres pour le panier, Au soleil de juillet se font déjà plus sombres.

Mon amour, tout cela, si paisible et touchant, C'est à nous ! Demeurons jusqu'à l'heure voilée Où nous remonterons regarder la vallée Pour assister au long désespoir du couchant.

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