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1905

LE DÉPART

Lucie DELARUE-MARDRUS

La géante géographie Se forme et se déforme en nos esprits songeurs. Assez de vous, pensée, art et philosophie ! Nous ne serons plus rien que d'obscurs voyageurs.

Sans doute l'Équateur et les eaux antarctiques Brûleront et noieront le reste des éthiques Qui nous rongent. Jetons nos filets et passons. Prenons les continents comme de beaux poissons.

Nous sommes excédés des villes infertiles : Partons vers un pays follement vierge et vert. Partons égrener sur la mer Le collier monstrueux des îles.

Nos bouches que blessa l'amertume des mots Se guériront avec de rudes idiomes. Nous laisserons sombrer, clans la mer, le fantôme De l'Europe quittée où vécurent nos maux.

Départ. Dans tous les ports, des vaisseaux se balancent ; Nous avons le mal du pays. Départ. Départ. Nos cœurs vers l'horizon s'élancent, Et nos secrets instincts doivent être obéis.

Tant de peine et d'hypocrisies Peuvent se quitter sans adieux. Et si la mort nous guette au fond de nos Asies, Nous voulons bien mourir sur les genoux des dieux.

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