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1905

LE CRAPAUD

Lucie DELARUE-MARDRUS

Toi que tout le monde appréhende De voir, bête aux regards dorés, O gentille et pure légende De mon enfance et de mes prés,

J'aime, dans ton horreur physique, Cette goutte d'eau de ta voix Qui mit si souvent en musique Les doux vers luisants de mes bois.

Sous quelque touffe ébouriffée Quand tu t'enfuis, pauvre crapaud, Gonflant d'une chanson de fée Toute la laideur de ta peau,

Je suis ton pas qui boite et rôde, N'ignorant pas qu'entre tes yeux Tu possèdes une émeraude, Trésor secret et merveilleux,

Et je te garde des caresses, Car je sais dès longtemps déjà Que les crapauds sont des princesses Qu'un coup de baguette changea…

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