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1930

LE BONHEUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

J'aime l'humain. Non point ce mannequin doré Qui va, persuadé, crispé dans sa grimace. Mais un simple regard dans la plus humble face, U n pauvre vrai regard peut me faire pleurer.

Modestes gens ! O vie innocente et sans livres ! Celui qui ne sait rien crée au moins ce qu'il dit. Pour les autres, qui vont, ressassant leur esprit, Je hais ce nœud sifflant de serpents et de guivres.

Vous, cultivés, supérieurs, que tristement Aveugle dans la nuit votre maigre lumière, Vous ne saurez jamais être tout bonnement Des atomes perdus dans le cycle solaire.

L'intelligence ?… Oui. Rien ne passe au travers. La bête gratte au fond de la petite boîte. Claquemurés au creux de l'éprouvette étroite, Vous dilaterez-vous pour remplir l'univers ?

Honneurs, ambitions et toute l'antienne Quand il y a la nuit et les couleurs du jour ! O solitude végétale, aérienne ! Autour de ce qui vit, flotter avec amour !

Respirer, et c'est tout, respirer, invisible, Bien loin de la féroce et triste vanité, Aimer bêtes et gens dans leur simplicité, Vraiment, n'est-ce pas là le seul bonheur possible ?

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