Pourquoi donc aurais-je voulu
Que l'on me sût un grand poète ?
Pourquoi désirer ce salut,
Attendre qu'on me fasse fête ?
Parmi ces aveugles, ces sourds
Qui ne sont mes sœurs ni mes frères,
Chanter ? Susciter des amours,
Des cœurs, des masques éphémères ?
Serais-je donc vulgaire au point
De vouloir être en proie aux foules,
Moi, qui toujours regarde au loin,
Seule avec le vent et les houles ?
Si je savais ce que je veux
Et pourquoi si sombre est mon âme !
A moi le mépris et le blâme
Puisque j'ai ce cœur douloureux.
Être poète, quelle joie
Quand les autres le savent peu !
C'est garder un secret de feu,
C'est être un dieu sans qu'on le voie.