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1930

LE BEAU SOUHAIT

Lucie DELARUE-MARDRUS

Qu'on me donne un cheval rapide Assez difficile à monter Pour que mes yeux quittent le vide Et mon rêve l'éternité.

Toute le force de mes jambes Voudrait le furieux galop Qui scande comme des ïambes La plaine, le vent, le ciel, l'eau.

J'aurais, multipliant ma vie, Deux élans, deux souffles, deux cœurs, Et quatre sabots marteleurs Pour bondir selon mon envie.

Je me souviens que je riais, La tempête dans le visage, Et que la crinière en biais Fuyait dans le sens de l'orage.

Je me souviens de matins doux Où je pénétrais d'un pas calme, Lorsque l'été perdait sa palme Et que les sentiers étaient roux.

Je me souviens du trot allègre Que je prenais à travers bois, Et du petit coup de vent aigre Qui nous décoiffait à la fois.

Nous allions. La bête vivante A mes songes obéissait. Et, dans la brise qui l'évente, Cette apparition passait.

Le cheval devenant moi-même, Moi-même devenant cheval, Centauresse à travers le val Fantôme du couchant suprême.

‒ Ah ! qu'on me rende ces chemins Où tant aimait mon âme amère Chevaucher sans fin sa chimère Avec des crins vrais dans les mains.

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