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1930

LE BEAU MOMENT

Lucie DELARUE-MARDRUS

En regardant sur l'avenue, Je vois Juin : feuillage, ciel bleu, Vent qui fait voyager un peu La nue.

Quelqu'un des hommes de chez moi, De l'autre côté de la brèche Passe, portant, paisible et droit, Sa bêche.

La ville, parmi son varech, Repose en bas,lointaine et proche. Une fumée en monte avec La cloche.

Comme c'est simple, tout ceci, Dans l'humilité quotidienne ! Il semble bien que rien, ici, N'advienne.

Un homme allant à son labeur, La ville au loin qui sonne et fume, L'été qui verdoie et parfume : Bonheur.

Qui jamais aura pu connaître Où je plaçais ma joie à moi, Ce que j'appelais grand émoi De l'être ?

Ce fut lorsque j'étais sans nom, Ignorant celui qu'on me donne, Quand je n'étais rien ni personne Sinon

Simplement, tranquille et profonde, Annulée et sans passions, Une des respirations Du monde.

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