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1951

Laudes

Lucie DELARUE-MARDRUS

Si je croyais en vous, si je croyais en vous, Je serais sans cesse à genoux. Je n'aurais pas assez de ma plus grande lyre Pour tout ce qu'il faudrait vous dire.

Je vous dirais : Merci pour le vent, pour la mer ; Pour le ciel ténébreux ou clair. Merci pour les prés verts rebrodés de corolles, Le soleil, les averses molles.

Merci pour les parfums, merci pour les couleurs, Pour les oiseaux_ et pour les fleurs. Merci pour les saisons dont chacune m'étonne, Et merci surtout pour l'automne.

Merci pour la beauté regardée en tous lieux, Et de m'avoir donné des yeux. Merci, mon Dieu, merci de m'avoir ainsi faite Que je sois sur terre un poète.

Merci pour mon amour passionné de l'art, Merci pour ma vie à l'écart, Pour ces deux mains qui font chanter dans la musique Ce qui me reste de physique,

Pour cette hypnose unie à la lucidité, Pour cet amour de la bonté, Pour ce détachement qui s'affirme sans cesse Devant la fin de la jeunesse,

Pour la mysticité d'un cœur étrange et fort Que toujours a charmé la mort, Pour tout cela merci, pour tout cela louange Sur l'invisible luth de l'ange,

Et pardon, et pardon jusqu'au fond de mon cœur, Mon Dieu, d'aimer tant la douleur !

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