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1930

LA SOMME

Lucie DELARUE-MARDRUS

Cette plaine d'hiver infinie et muette, C'est le champ de bataille à peine éteint encor, Où, quatre ans, acharnée, a travaillé la mort Dans une fange violette.

Armes, sacs, vêtements et casques déjà roux, On voit traîner partout le spectre des armées. ‒ La tranchée et l'obus vous ont laissé leurs trous, O terres mal famées !

Cet arbre fracassé qui lève un bras au loin, Attestant la tuerie immense de la Somme, Semble crier au ciel : « Ici je suis témoin Que l'homme a haï l'homme ! »

Je me promenais parmi vos tranchées Et pleurais sur vous humblement, mon Dieu ! Soldats, spectres errants des plaines desséchées Par quatre ans de fer et de feu.

Mes pieds trébuchants heurtaient quelque casque Boueux et rouillé comme les vieux sous, Et je le ramassais en évoquant le masque Humain qui palpita dessous.

Pour mieux affirmer la grande épouvante, Partout se dressaient ces petites croix. Et ma main reculait d'avoir touché, parfois, Une grenade encor vivante.

‒ O pauvres martyrs sanglotant vers moi, O restes épars du crime terrible, Je ne pouvais, hélas ! pour crier mon émoi, Que répéter : « Est-il possible ! »

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