Léviathans de pierre aux cœurs vivants, ô villes !
Œuvres d'orgueil qu'attend l'effondrement final,
Hors de votre tumulte et de vos choses viles,
Hors de vos longues nuits noires et sans fanal,
A jamais est offerte à l'âme solitaire
Qui n'a pas pu trouver l'épaule où sangloter,
tel qu'un giron humain, la douce et bonne terre
Ouvrant ses bras à qui veut s'y précipiter.
Ah ! donne-nous tes fleurs à presser sur nos bouches
Comme des baisers frais pour nos baisers fiévreux ;
Laisse-nous manier dans nos poignes farouches
Tes foins rudes qui font songer à des cheveux ;
Emplis de tes parfums la narine béante ;
Revêts d'ombre le corps qui veut porter le deuil,
Livre-toi tout entière à nos deux bras, géante
A la taille de qui nous grandit notre orgueil !
Patiente qui sais sans en être lassée
Attendre nuit et jour le tribut qu'on te doit,
Toi qui ne nous mens point, ô notre fiancée !
Nous voulons t'embrasser et nous coucher sur toi,
Pour, d'avance évoquant ses siestes éternelles
Versant comme en amour des pleurs en océan,
Dans un spasme profond des poussières charnelles
Nous tordre de désir vers ton prochain néant !