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1932

LA PESANTEUR

Lucie DELARUE-MARDRUS

Malgré tous les désirs qui gonflent nos poitrines, Nous qui sommes jaloux des ailes en plein vol, La pesanteur a mis à nos pieds des racines Mobiles, qui toujours nous attachent au sol.

Retenus comme sont les chênes et les hêtres, Nous croyons que marcher nous fait libres dans l'air. Cependant, invisible, et qui suit tous les êtres, Sous nous la pesanteur traîne, boulet amer.

Et nous allons, menant nos courses triomphales, Et, parce que nos pas nous font changer de lieu, Orgueilleux et naïfs nous nous croyons le dieu, Sous l'immobilité des voûtes végétales.

Implacable, pourtant, la racine nous suit, Double, collée, à nos semelles prisonnières, Tout comme le reflet serpentin des lumières Suit sur mer un bateau qui voyage de nuit.

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