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1932

LA JEUNESSE

Lucie DELARUE-MARDRUS

La jeunesse au beau cou gonflé De sève rose, Je la regarde, cette rose, Et j'assiste à son jubilé.

Je ne regrette pas son âge Que je n'ai plus. Je me souviens de trop d'orage Quand j'étais parmi ses élus.

D'où je suis je la vois tragique, Vouée au feu, Elle veut tant, sachant si peu, Va si droit dans un monde oblique !

L'âge mûr, terrestre au-delà, Future tare, Elle ne prévoit pas cela, Ne sait pas ce qui se prépare.

Elle court comme un homme saoûl, Pleure, rit, aime. Elle attend le Pactole même Et n'en aura que pour un sou.

O pauvre jeunesse naïve, O passion, Additionne ! L'Heure arrive De la morne soustraction.

Vingt, vingt-cinq, ou trente ans… On joue A la douleur. Après on vit. — Donne ta joue Que je l'embrasse dans sa fleur.

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