Les voyants, par delà les générations, Sur le couchant tragique et sur l'aube rieuse Regardent se dresser la babel fabuleuse Où grouillera le pas pesant des nations.
Son air a le parfum de toutes les contrées Et ses mois le trésor de toutes les saisons, Car il y abouti du fond des horizons Tous les chemins du monde et toutes ses marées.
La paix y établit sa continuité Perpétuelle afin, sous cette égide calme, Qu'y vive le labeur terrestre ‒ fort, pur, alme, ‒ Tout son vrai, tout son bien et toute sa beauté.
La science aux deux mains paisiblement utiles Et la charité douce avec ses tendres doigts Y soignent la misère humaine à qui la voix Consolante de l'art dit ses chansons subtiles.
L'Idée unique offrant sa compréhension Claire y retend les nerfs et relève les faces Et vers Elle, de pair,marchent toutes les races, dans leur force charnelle et leur réflexion.
Et pas un cri de faim ne sort du sein des couches Profondes de ce peuple heureux, car les blés lourds Ont poussé leur pain blond à même les labours Féconds, pour l'appétit qu'ouvrent toutes les bouches,
Comme ont crû les moissons du rêve et du savoir Au labour du génie humain, les moissons dues, Les moissons dès alors largement répandues A toute noble faim d'écouter et de voir.
Et cette cité s'offre au pays qui s'éloigne Et, s'embrume sans fin d'un tardif avenir. Mais les temps passeront et le jour doit surgir Où cèdera sa porte au choc de quelque poigne,
Lorsque l'humanité rêveuse aura compris Le but déjà montré du geste par les braves, Et que les fort venus après nous, sûrs et graves, Auront su terminer les travaux entrepris.
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