A jamais ainsi qu'une petite morte,
Mon enfance dort dans la ville qui dort.
A jamais ainsi qu'une petite morte,
Elle dort au clapotis des eaux du port
berçant les mâts des barques dans les étoiles.
Elle dort au claquement rude des voiles
De vaisseaux revenus de lieux inouïs.
Elle dort au claquement rude des voiles
Qui parle des plus ignorés pays,
Et son sommeil en est plein de belles fables.
Elle dort de ses deux grands yeux misérables
Gardant comme un souvenir du paradis.
Elle dort de ses deux grands yeux misérables
Et qui s'étonnent peu à peu agrandis
Sur la laideur des choses de la terre.
Elle dort déjà complexe et solitaire,
Inquiète à travers sa naïveté,
Elle dort déjà complexe et solitaire.
le monstre dont son cœur fou sera hanté
L'impossible désir est dans l'œuf encore…
Elle dort !… Ah dors, dors ! candeur, fraîcheur, aurore !