Un sombre ciel d'hiver court sur la plaine immense Où la grande Guerre tonnait. Mais maintenant l'herbe renaît, Maintenant tout se tait, et l'Histoire commence.
Sous l'humble croix de bois les tués crient encor. On ramasse un casque, une épée, On devine le bruit furieux de la mort. Et, sur la plaine en paix, se lève l'épopée.
Ces armes, ces débris que l'on trouve à ses pieds Ressemblent à d'autres images. On croit que l'on relit les pages Qu'apprennent lentement les petits écoliers.
Ces casques sont encor ceux des héros d'Homère. On revoit, sur ce mamelon, Louis quatorze, Napoléon, Tous ceux qui restent grands pour avoir fait la guerre.
La Victoire brandit, sous le même soleil, Le même bras armé qui tonne. Toujours un semblable appareil. Comme,à travers le temps, l'Histoire est monotone !
Lauriers d'or, lauriers d'or,ô signes émouvants, Le revoici, le jour de gloire ! Mais elle est en deuil, la Victoire, Car la postérité n'appartient qu'aux vivants.
Moi, j'ai compris ici l'effroyable martyre De ces soldats qui ; dans des trous, N'attendaient que la mort, ou pire, Parmi le froid, la boue, et les rats et les poux.
Alors une pitié qui sanglote et qui plie A fait pleurer mes yeux baissés Devant ces restes de folie ; Et le sol m'a crié lui-même : « c'est assez. »
‒ Puisqu'il faudra toujours que quelque belle image Enchante le peuple assemblé, Voici le semeur, doux visage, Qui jette devant lui, pacifique, le blé.
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