Le grand Tout le Monde, et ces mains qui le travaillent Comme une glaise informe où l'œuvre surgira, Les oisifs et ceux-là qui taillent et retaillent, Tous, des noms les plus hauts jusqu'aux et cætera,
L'intégral Aujourd'hui, science, art, rêve farouche, Laborieusement pour le demain accouche. Nous voici donc, nous la ténèbre et le rayon ! Vanités, nullités, vous, misère, ignorance,
Égoïsme, mal, vice, immense bataillon, Toute la brute humaine horrible de souffrance, Horrible de bassesse, horrible de laideur, Porte son faix et prend sa part au dur labeur
Car, ô les grands meneurs, ô les fronts de lumière Et vous, l'habileté subtile des dix doigts, C'est dans, par cette énorme et stupide matière Que flamboient vos cheveux et que clament vos voix ;
Artistes, c'est parmi ces tourbes dégoûtantes Que se tordent vos fleurs, les plus exorbitantes. Le creuset de l'idée est empli jusqu'au bord, La substance y bouillonne, inconsciente, et s'y moule,
Le joailler y met sa perle ; et de l'effort De nous tous, contenant l'âme de notre foule, Monument orgueilleux et commémoratif Sort : le vase brillant, serti, définitif,
Le calice d'or pur gemmé de pierrerie, Métal de la pensée et du progrès fécond, Joyaux luisants de l'art et de la rêverie Tirés du minerai de la masse sans nom
Et que nous te léguons afin qu'il te souvienne Que nous fûmes, ô toi ! pérennité humaine ! Car notre siècle tend les mains pour te l'offrir, Voulant que l'avenir penché sur ce ciboire
S'enseigne, y apprenant ‒ devant vivre et mourir A son tour ‒ quelle fut notre façon d'u boire Le breuvage obligé fait de miel et de fiel De notre part de vie humaine sous le ciel.
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