Le cercueil vient d'entrer tout debout dans la chambre, Et le voici dans l'angle où ces gens l'ont rangé. — Un peu de soleil luit, qui dit déjà septembre Qu'est-ce qui calmera le tremblement que j'ai ?
Au pied du lit où dort notre morte d'ivoire, Toutes, nous regardons ce long meuble étranger Le cercueil de maman… On ne peut pas y croire. Cela va-t-il longtemps rester au pied du lit
Avec, le long du mur, cette grande ombre noire ? O cher petit cadavre élégant et joli Qui dors si bien, les doigts croisés sur une rose, Entre ces deux draps blancs qui ne font pas un pli,
Maman morte, maman, pauvre petite chose Couchée ici parmi des cierges et des fleurs, Ton repos sur ce lit n'était donc qu'une pause ? Ce soir, malgré nos cris, ce soir, malgré nos pleurs,
Des mains dérangeront ta dernière toilette, Tandis que le scandale agitera nos cœurs, Et cette boîte-ci qui, tout debout, te guette, Que tu n'avais pas vue et ne connaissais pas,
Va s'ouvrir toute grande afin que l'on t'y mette ? Voilà ! C'est pourtant lui, ce cercueil où tu vas, Ce monstre, cet intrus, qui sera ton intime, Qui sera le vrai lit où tu reposeras
Encor vide de toi, terrible comme un crime, Quand tu t'engouffreras dans le caveau rouvert, Tu n'auras plus que lui pour compagnon d'abîme C'est cette nouveauté, sombre sur le mur clair,
Qui connaîtra la vie, inconnue à ce monde, De ton corps en travail au fond du trou sans air, De ton corps qui voudra, sous la terre profonde, Devenir peu à peu le suprême ossement,
Vie énergique et lente, emmurée et profonde C'est cette boîte, oui, cette bière, maman, Dont nous haïssons tant la forme étroite et nette, C'est cela qui verra le grand accouchement
De ta chair maternelle enceinte du squelette ! Non ! Non !… Je te salue, insolite étranger ! Si de ton chêne neuf nous avons fait l'emplette, C'est qu'il nous fallait bien, dans son écrin, ranger
Notre mère d'ivoire, endormie et coquette.
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