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1910

L'HORLOGE

Lucie DELARUE-MARDRUS

Notre vieille maison a pour cœur-cette horloge Dont le lourd battement se perçoit de partout. Dans le coin où, vétuste et cirée, elle loge, Elle a l'air d'un cercueil de chêne tout debout.

Au lieu du poussiéreux silence d'un musée Il lui faut parmi nous servir comme autrefois. Mais elle sonne encor d'une très bonne voix, Notre horloge grand'mère à boiserie usée.

Dans son intérieur, le jeu des poids pendants Donne une étrange vie à cette chose morte, Et toujours on voudrait en entr'ouvrir la porte Pour savoir si le diable est accroupi dedans.

Ne découvre-t-on pas quelque sorcellerie En son indifférent et précis va-et-vient ? Elle bat la mesure, ou qu'on pleure ou qu'on rie, A l'âge d'aujourd'hui comme à l'âge ancien.

Pris dans cet engrenage et son rythme funèbre, Écoutons ! Le tic tac qui ronge nos printemps Nous rapproche toujours de l'ultime ténèbre… — Notre horloge de chêne est le cercueil du temps.

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