L'écume est morte ; l'algue est un beau ruban clair
Envolé ; la rondeur des pieuvres lumineuses
Ne luit plus son opale au cœur des vagues creuses…
Pourquoi te lèves-tu, fantôme de la Mer ?
Je n'ai plus le manteau pesant à mes épaules
Où venait palpiter ton souffle haletant ;
Je ne sais plus le pas de celle qui attend
Toujours, les yeux plongés au mystère des pôles ;
Ma bouche n'aura plus le cri des abandons
Et cette soif qui veut s'abreuver d'altitude,
Ni mon cœur, pris d'orgueil sombre et de solitude,
La liberté hirsute et dure des chardons ;
Je ne comprendrai plus la douleur des marées ;
Seule, et sauvagement, le long du flot natal,
Je ne t'offrirai plus l'holocauste mental,
O Spectre ! de mon geste aux mains désespérées ;
Car, malgré le passé profond que je te dois,
Si tu resurgissais des vagues éternelles
Où j'ai cru te noyer une suprême fois,
Je te submergerais aux fond de deux prunelles !