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1902

L'ÉCUME EST MORTE…

Lucie DELARUE-MARDRUS

L'écume est morte ; l'algue est un beau ruban clair Envolé ; la rondeur des pieuvres lumineuses Ne luit plus son opale au cœur des vagues creuses… Pourquoi te lèves-tu, fantôme de la Mer ?

Je n'ai plus le manteau pesant à mes épaules Où venait palpiter ton souffle haletant ; Je ne sais plus le pas de celle qui attend Toujours, les yeux plongés au mystère des pôles ;

Ma bouche n'aura plus le cri des abandons Et cette soif qui veut s'abreuver d'altitude, Ni mon cœur, pris d'orgueil sombre et de solitude, La liberté hirsute et dure des chardons ;

Je ne comprendrai plus la douleur des marées ; Seule, et sauvagement, le long du flot natal, Je ne t'offrirai plus l'holocauste mental, O Spectre ! de mon geste aux mains désespérées ;

Car, malgré le passé profond que je te dois, Si tu resurgissais des vagues éternelles Où j'ai cru te noyer une suprême fois, Je te submergerais aux fond de deux prunelles !

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